Au village de la Bâclais scintille au creux d’un vallon herbu un petit miroir à main oublié là par quelque fée prenant son bain au lavoir mitoyen : c’est la fontaine Saint-Symphorien. C’était…. Car depuis quelques années l’endroit a bien changé.

On sait que les Gaulois vénéraient la terre nourricière et en particulier ce qui contribue le plus à la féconder : l’eau. D’où de nombreux cultes aux sources, ruisseaux, fontaines. Quand la nouvelle religion progressivement s’imposa, elle christianisa ces lieux de culte païens au lieu de les interdire (ce qu’elle aurait été bien incapable de faire tant les nouveaux convertis tenaient à mettre tous les atouts de leurs côtés - Dieu et les esprits anciens – On n’est jamais trop prudent !). Les fontaines ne manquaient pas sur Treillières . Si celle de la Bâclais fut placée sous l’autorité du saint protecteur de la paroisse c’est qu’elle devait avoir un statut prééminent sur les autres.
Jusqu’au 17e siècle les populations sollicitèrent régulièrement les vertus de l’eau de la fontaine assimilées à celles de Saint Symphorien En période de sècheresse on venait y tremper le pied de la croix de procession pour obtenir, par l’intercession du saint, la pluie bienfaisante. La Réforme protestante obligea l’Eglise catholique à plus de rigueur et le clergé tenta de mettre un frein aux dévotions trop marquées de superstition. En vain, et le culte de Saint Symphorien (et de sa fontaine) connut même un nouveau succès au 19e siècle.

En 1938, le 28 août, le curé Prévert inaugura « la grotte de Saint-Symphorien qui recouvre la fontaine ». Le saint aux fonts méritait bien cet honneur car 3 ans plus tôt, le 15 août 1933 il avait rendu un fier service (d’eau) aux habitants. Qu’on en juge par l’extrait du « Livre de Paroisse » reproduit ci-dessous où le vicaire Pierre Aumaître conte l’évènement :
A partir des années 1950 le cérémonial évolua
En 1958, la fête patronale devint l’occasion d’une grande manifestation de plein air organisée par le Comité des Fêtes, dont les bénéfices étaient destinés aux constructions et autres aménagements paroissiaux. Elle fut supprimée en 1969 pour ne laisser place qu’aux célébrations purement religieuses (vêpres, proclamation, salut).
Puis peu à peu on délaissa le saint… mais pas le lavoir contigu qui servira jusqu’au milieu du 20e siècle. La pente du petit sentier y conduisant était la hantise des femmes et des enfants remontant la brouette de linge humide ! Ce lavoir fut régulièrement entretenu jusqu’en 1996 par les habitants de la Bâclais et de la Poste de Gesvres ; on en profitait pour toiletter la statue du saint qui verdissait lentement au bord de sa fontaine.
La fontaine Saint-Symphorien scintille toujours au creux du vallon de la Bâclais on ne peut que vous encourager à y aller vous promener (l’endroit est public) ; vous y trouverez l’eau si claire que…
Jean Bourgeon
Vos souvenirs nous intéressent
Les fontaines ont toujours été des lieux propres à alimenter l’imaginaire. Chansons et contes populaires y font apparaitre des esprits, des personnages extraordinaires ; on y fait d’étranges rencontres… parfois avec soi-même dans cette eau-miroir fatale à Narcisse.
Peut-être avez-vous des souvenirs, des photos, des films liés à la fontaine et au lavoir Saint-Symphorien. C’est avec plaisir que nous les accueillerons sur ce site.
Si la visite à la fontaine, où Saint Symphorien s’ennuie quelque peu, vous inspire un texte, un poème… faites-nous partager vos émotions.
La fontaine de St Symphorien: je me souviens qu'il y planait beaucoup de mystère à son sujet, mystère entretenu d'esprit à esprit par le voisinage. Je me souviens y être allé souvent les jours d'été, accompagnant ma grand'mère poussant une brouette en bois à la roue cerclée de fer. Une brouette bien pesante sous le poids d'une énorme balle d'osier remplie de linge qui était parfois préalablement bouilli dans un énorme chaudron galvanisé. Il y avait bien, non loin, un lavoir de pierres planes polies par les innombrables brassées battues de battes de bois et frottées à la brosse en chiendent et au savon de Marseille. Je me souviens encore de l'atmosphère, de l'odeur fraiche et chaude de l'été où le feuillage luxuriant des arbres filtrait les pénétrants rayons de soleil, le chemin de terre chantant sous nos pas joyeux en une poussière fine et légère.... Il me semble bien qu'une personne au moins s'y soit noyée une nuit où l'alcool mêlé de désespoir avaient sûrement eu raison de la raison de l'être. Des bruits de vengeance et de crime s'étaient vite répandus dans les chaumières. A cette époque la télévision n'avait peut-être pas encore fait son entrée ni formaté les pensées mais l'homme lui se faisait déjà bien des films.....!!
Réginald
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