BLOG de l'assocation "Treillières au Fil du Temps"

Ce blog relate au fil de son actualité, les activités de notre association créée en 2007 à TREILLIERES, commune en pays Haut-Breton située en Loire-Atlantique - FRANCE ainsi que des pages de l'Histoire des habitants et du territoire. Bonne visite !

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6 avril 2012

La réhabilitation du parc du Haut-Gesvres validée par le conseil

 
Journal Ouest-France du 06/04/2012
Edition : Nantes Nord-Loire - Rubrique : Treillières

château du Haut-GesvresL'un des principes d'aménagement consiste à rétablir les perspectives visuelles à partir du château vers la vallée du Gesvres et l'étang de la propriété.
Tout arrive à qui sait attendre ! Propriété de la commune depuis 22 ans (1990), le parc du Haut-Gesvres et ses sept hectares et demi vont enfin faire l'objet d'un aménagement complet. Le conseil municipal a validé l'avant-projet définitif élaboré par Georges Legoux et la Compagnie bretonne de gestion forestière (CBGF), présenté par Dominique Michenot. Par contre, la réhabilitation du château devra sans doute encore attendre un prochain mandat. Abandonné depuis plus d'un tiers de siècle (1977), il n'est plus à quelques années près !
Plusieurs phases. En 2010, un diagnostic sanitaire et environnemental est mené à bien par la CBGF sur l'ensemble du site. Il débouche sur des travaux d'élagage et d'abattage au cours de l'hiver 2011, « afin de mettre en sécurité le parc ». Depuis, la CBGF a engagé une étude d'aménagement en concertation avec divers acteurs (élus, techniciens municipaux, écoles, associations...). Ces derniers ont validé l'esquisse d'aménagement présentée par G. Legoux.
Principes retenus. Le parti d'aménagement retenu prend en compte deux objectifs principaux : retrouver l'identité du parc d'origine créé par un négociant nantais dans les années 1830 ; réaliser un aménagement convenant à un spectre élargi d'utilisateurs... « Cette propriété a été créée dans le souci de « paraître », de montrer sa réussite sociale, à une époque où le Romantisme connaissait son apogée dans les milieux artistiques et littéraires », rappellent l'historien Jean Bourgeon et l'association Treillières au fil du temps.
Actions envisagées. Concrètement l'avant-projet prévoit notamment : la réouverture de perspectives visuelles sur la vallée du Gesvres et sur l'étang ; la création d'espaces en rapport avec l'histoire du parc (espaces Louisiane et Châteaubriand) ; la création d'un sentier botanique ; l'aménagement des anciens jardins en terrasse en un lieu pouvant accueillir des manifestations culturelles ; la réhabilitation du jardin clos (près de « la cascade ») en potager pédagogique et verger conservatoire avec le concours de l'association Grain de Pollen ; l'extension de l'aire de repos avec tables et barbecues ; l'installation de panneaux d'information ; la création d'un parking dans la clairière de l'ancien terrain de basket (près de la ferme de la Rivière) ; la réfection des anciens bâtiments annexes désaffectés ; le maintien du parcours acrobatique en forêt Acrocime...
Coût et planning. Le coût total de l'opération est estimé - avant appel d'offres - à environ 220 000 € TTC. Il se décompose ainsi : aménagement du parc, 72 860 € (HT) ; travaux sur l'étang, 38 480 € (HT) ; bâtiments, 37 000 € (HT) ; parking, 38 260 € (HT). « Une première approche budgétaire permet d'envisager le planning de réalisation suivant : aménagement du parc sauf jardin clos en 2012 ; aménagement du jardin clos et du parking en 2013 ; restauration des bâtiments et de l'étang en 2014 », indique Dominique Michenot. « Les travaux sur l'étang ne pourront être entrepris qu'après réalisation des aménagements hydrauliques en amont, derrière les salles de sport et approbation du dossier spécifique Loi sur l'eau. » Des demandes de subventions vont être déposées auprès de la Communauté de communes (CCEG), le Département et la Région.
Loïg BONNET

22 mars 2012

Le château de Gesvres

 
A Arthur, mauvais garçon
 
« C’est un trou de verdure où chante une rivière… »
Ici le dormeur du val est le plus grand, le plus ancien des châteaux de Treillières, celui dont l’histoire a été la plus intimement liée à celle de la commune depuis le 5e siècle.
A cette époque, après être passé sous domination franque le Pays nantais connaît les raids des Bretons voisins puis, au 9e siècle, ceux des Normands. L’insécurité amène de petits chefs de guerre à construire sur des « mottes », naturelles ou édifiées, situées à la rupture de pente du plateau et dominant le Gesvres, des fortins en bois (puis bientôt en pierre) où les villageois viennent se réfugier en cas d’attaque. Quand la région passe ensuite sous domination bretonne ils se transforment en petits châteaux forts dont les seigneurs dépendent de celui de Treillières installé dans un domaine plus important situé à l’emplacement actuel du bourg. Tous sont les vassaux de l’Evêque de Nantes seigneur suzerain.
Du 11e au 13e siècles le « beau Moyen Age » permet une expansion de la démographie et des défrichements. C’est alors qu’apparaît pour la première fois, en 1123, dans une charte TRELIERAM sans que l’on connaisse l’origine du mot. Le retournement de la conjoncture au 14e siècle (la peste, la guerre de Cent ans et sa version locale la guerre de Succession de Bretagne) provoquent une chute brutale de la population et l’abandon de nombreux villages qui ne seront jamais reconstruits. Les manoirs (La Houssais, Le Lin, Les Fosses, La Rivière…) retrouvent une activité militaire et le plus important d’entre eux devient celui qui contrôle le franchissement du Gesvres par l’axe Nantes-Rennes : le château du Pont de Gesvres. Son propriétaire le déplace de l’autre côté du ruisseau là où se trouve l’actuel château de Gesvres.
Le château du Pont de Gesvres était situé "Pièce de la motte" avant de migrer de l'autre côté du Gesvres
Au 16e siècle le retour d’un calme, perturbé par les retombées locales des guerres de religion, amène la réorganisation de la hiérarchie seigneuriale ; tous les manoirs et seigneuries en dépendant passent aux mains du seul seigneur de Treillières installé au château de Gesvres ; il aménage tous les anciens manoirs en métairies. La vie locale s’organise alors autour de deux pôles : l’église paroissiale reconstruite en 1613 où le recteur rassemble la communauté villageoise le dimanche et, à la fin de l’office, son organisme représentatif le « général de la paroisse » ancêtre de notre conseil municipal ; le château de Gesvres siège du pouvoir seigneurial (justice, droits seigneuriaux).
 
GESVRES : MANOIR DU SEIGNEUR DE GESVRES
Dans son manoir de Gesvres, situé au centre de la paroisse, le seigneur de Treillières est au cœur de la communauté villageoise dont il est le premier des membres. Premier propriétaire foncier, mais aussi premier par le rang et les pouvoirs qu’il tire des droits féodaux et seigneuriaux. C’est par l’exercice de ces droits qu’il fait sentir son action et affirme son existence auprès des villageois.
Extrait du rôle rentier de Treillières précisant les sommes et corvées dues au seigneur
Les droits féodaux découlent de la propriété éminente du seigneur sur l’ensemble de la seigneurie, et pèsent sur la terre. Ils sont dus par les propriétaires : il s’agit de rentes en argent (les cens) en nature (blé, avoine, chapons…), et des corvées. Ils frappent la propriété, non l’exploitation ; officiellement le seigneur ne connaît que le propriétaire. Mais celui-ci confie à son locataire le soin d’effectuer les paiements à sa place, ce qui équivaut à un relèvement des loyers. C’est donc sur la population paysanne, la moins fortunée, que retombe en définitive la rente seigneuriale.
Les droits seigneuriaux dérivés de la souveraineté exercée au Moyen-Age par le seigneur pèsent sur tous les habitants de la seigneurie. Certains sont purement honorifiques (première place à l’église), d’autres pittoresques bien que parfois ressentis comme humiliants par les villageois (jeux de la quintaine, de la pelote), certains d’une grande importance pour la vie quotidienne : monopole des moulins, des forêts et de la chasse, mais surtout droits de police et de justice.
Les officiers de justice du seigneur interviennent dans les questions d’hygiène, de commerce (prix des blés, inspections des mesures...), de mœurs... Ils ont même part à la vie politique puisqu’ils président aux délibérations du Général de la paroisse où certains se comportent en véritables patrons.
Ancien tribunal seigneurial situé derrière l’église ; aujourd'hui détruitLe pouvoir de police des juges seigneuriaux n’a pas de limites précises. Ils sont dans les campagnes les seuls personnages investis d’une autorité officielle et ils en usent suivant les besoins : «droit de police quand bon luy semble», disent les textes d’époque.
La justice seigneuriale a aussi ses auxiliaires. Les notaires, qui tiennent leur pouvoir du seigneur, doivent rédiger les actes passés entre les justiciables de la juridiction. Le sergent donne des assignations, décerne des contraintes, opère des saisies. A Treillières il fait parfois fonction de forestier et garde-chasse.
La justice seigneuriale est, pour le seigneur, l’instrument du maintien de ses droits et de sa puissance politique, économique, financière. Mais ponction fiscale, abus de justice, privilèges provocateurs (bois, chasse) mobilisent contre le seigneur l’animosité paysanne.
 
 
 
LES SEIGNEURS DE GESVRES
Si le seigneur a des droits, il a aussi des devoirs. Dans la société villageoise traditionnelle, il est le premier et le protecteur. Premier à l’église où il a un banc à part ; premier propriétaire de la paroisse ; premier par les pouvoirs. Pour le paysan cette supériorité, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, paraît liée à la nature des choses. Mais les villageois peuvent espérer en retour, attention et protection.
Si le seigneur répond à cette attente il en tire, en plus de sa domination basée sur des facteurs matériels, une influence morale qui fait de lui le chef naturel des paysans. S’il se coupe de la communauté villageoise son influence s’évanouit ; il n’est plus qu’un gros propriétaire, le premier des percepteurs et le premier rentier de la paroisse. Sa personne n’inspire plus qu’indifférence ou hostilité.
Comment, les différents seigneurs de Treillières installés à Gesvres, aux 17e et 18e siècles, ont-ils exercé leur fonction seigneuriale ?
Michel POULLAIN
En 1599, Noble Homme Ecuyer Michel Poullain succède, comme seigneur de Treillières, à son père Robert Poullain époux de Catherine Motay (les réunificateurs des seigneuries de Treillières). Michel Poullain est né à Nantes le 21 octobre 1579, paroisse Saint-Nicolas. Le 15 février 1605, il épouse, à Saint-Nicolas, la fille du Trésorier des Etats de Bretagne, Damoyselle Claude Hus. Quelques années plus tard il succède à son beau-père comme Trésorier des Etats de Bretagne, tâche qui l’accaparera jusqu’à sa mort survenue à Nantes le 20 septembre 1637. C’est encore à Nantes, paroisse Saint-Nicolas où naquirent ses onze enfants, qu’il fait sa résidence ordinaire.
Il ne vient à Treillières qu’épisodiquement, et on ne trouve que deux fois sa signature en bas des registres paroissiaux. Le vieux château de Gesvres n’est sans doute pas très confortable malgré les quelques réparations qu’il y entreprend (toiture, fenêtres...). Ce qui l’intéresse à Treillières, c’est la seigneurie, la seule dont il dispose pour se parer du titre de seigneur. Sa noblesse de fraîche date en a besoin (son père n’a été anobli qu’en 1576 par la charge de maire de Nantes).
Les revenus treilliérains de Michel Poullain ne représentent qu’une partie de sa fortune constituée de terres situées en Anjou, de maisons à Nantes qu’il loue et surtout de rentes et obligations placées auprès d’autres nobles. Il confie la gestion de ses biens à un comptable pour se consacrer à sa fonction de Trésorier des Etats de Bretagne. Quoi d’étonnant alors que Treillières soit surtout pour lui un alibi honorifique dont les toponymes lui servent à dénommer noblement ses enfants : Bernardin Poullain est sieur de La Rivière ; Michel Poullain sieur de la Houssaye ; Isabelle Poullain damoyselle de Gesvres... Cette dernière épouse le 31 mai 1635, en l’église Saint-Nicolas de Nantes, Messire César de Renouard et lui apporte en dot la seigneurie de Treillières dont il devient titulaire à la mort de Michel Poullain.
César DE RENOUARD
Messire César de Renouard (1609-1675) seigneur de Drouges, seigneur de Treillières, Gesvres, les Fosses... Conseiller du Roy en ses conseils d’Etat et privés, en sa Chambre des Comptes de Bretagne... Trésorier des Etats de Bretagne... Maistre ordinaire des Comptes du Roy en Bretagne... se révèlera comme un seigneur bâtisseur.
Alors que les vieilles constructions défensives (les Fosses, le Lin, la Houssais...) affectionnaient le haut des collines et des «mottes», César choisit, en 1653, de restaurer et d’agrandir Gesvres dont le site de vallée et les grands espaces permettent de disposer les bâtiments à sa guise et de remodeler le paysage. Il conserve l’ancien logis mais l’incorpore au corps de bâtiment nouveau, de conception classique, et le prolonge par des bâtiments de service. Vingt cinq ans plus tard voici la description que l’on fait de la «Maison de Gesvres…
…. consistant en plusieurs logements, chapelle, salle, chambres basses, hautes chambres; à trois vitres d’icelles sont enpeintes un sautoir chargé d’une étoile, greniers au-dessus, cuisine, boulangerie, écurie et fannerie, le tout couvert d’ardoises, cour au-devant, canaux et fossés pleins d’eau, le tout renfermé de murailles, grande porte et principale entrée de la dite Maison, jardins au derrière d‘icelle, verger, pourpris».
Le château de Gesvres sur le cadastre de 1839: en rose les bâtiments en bleu les canaux, douves et ruisseauDevant le château on a dégagé une vaste perspective où le Gesvres, détourné et rehaussé par une digue, dessine un paysage géométrique propice à la flânerie, fait d’une île ronde, de canaux, de douves et «d’un bassin de fontaine pour un jet d’eau de trente pieds (9,5 m) de diamettre... de pierre de taille». Le classicisme marque Gesvres de son empreinte, comme si César de Renouard avait ramené de ses visites chez son cousin Nicolas Fouquet, à Vaux-Le-Vicomte, quelques petites idées de grandeur.
Derrière le château s’étend le jardin «où nous avons trouvé un cadran d’ardoise sur lequel est enpeint des armes du dit feu seigneur de Drouges... le bocager et allée à costé, ponts et chaussées et grande porte pour aller a l'église paroissiale dudit lieu de Treillières» (1685), Comme tout noble qui se respecte César installe une orangerie dans son jardin.
Le retable de la chapelle de Gesvres (17e siècle) avant l’incendie qui le détruisitAfin de créer un ensemble harmonieux l’ancienne chapelle de Gesvres est agrandie et embellie. Elle sera inaugurée le 1e février 1669 par le curé de Treillières. Un an plus tard, le 26 février 1670, César de Renouard y mariera sa fille Marthe-Isabelle avec le Comte de Morveaux.
Alors que l’ancien château de Gesvres gardait le chemin de Nantes à Rennes, César de Renouard cherche à isoler sa nouvelle demeure. En 1660 il prend prétexte d’une protestation du messager de Rennes se plaignant «d’un endroit très dangereux qui est au-delà du bourg de Treillières, près la maison de Gesvres où le dit suppliant se trouve souvent en danger d’y perdre ses chevaux...» pour donner «un autre chemin plus droit et plus commode pour le public...» et surtout plus éloigné du château de Gesvres. Désormais c’est une grande allée bordée d’arbres qui reliera le château au grand-chemin, empruntant dans les zones basses une chaussée qui, tous les hivers, aura bien de la peine à résister aux inondations.
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Canaux et douves de Gesvres en 2012
L’appétit bâtisseur de César de Renouard ne se limite pas à notre paroisse. En même temps qu’il impose sa marque par une géométrie possessive dans le désordre de verdure du bocage treilliérain, il entreprend à Nantes la construction d’un hôtel particulier dont la réalisation est confiée à l’architecte Jacques Malherbe. Cet hôtel situé rue de Verdun (actuelle rue de la Commune) existe toujours : c’est le pavillon de Rosmadec, à l’Hôtel de Ville. César de Renouard partage son temps entre ses deux résidences, avec une préférence pour Treillières où il déclare faire «sa plus ordinaire demeure».
Les nombreuses dépenses engagées pour la construction du château et de l’hôtel nantais ne permirent pas à César de Renouard d’entretenir ses domaines treillièrains comme il l’aurait fallu. Lorsqu’en 1685 son successeur et gendre, le comte de Morveaux, prend possession de la seigneurie de Treillières, quatre des onze métairies de Gesvres sont dites en ruines.
Charles DE MORVEAUX
Charles Marie Bonnin Messignac de Chalucet Chevalier Comte de Morveaux «lieutenant pour le Roi de la ville, chasteau et comté Nantais» épouse Marthe-Isabelle de Renouard le 26 février 1670. Seigneur de Treillières, en 1685, il réside habituellement à Nantes, soit à l’hôtel de la rue de Verdun, soit, plus fréquemment, en son hôtel situé «proche le chasteau de Nantes» où il meurt le 15 novembre 1698.
Ses séjours à Treillières furent sans doute très rares, et nos registres paroissiaux n’ont pas été honorés de sa signature. Par contre son épouse, qui lui survécut près de 40 années (elle mourut à 98 ans le 18 mai 1737), se montra attentionnée à l’égard des villageois de Treillières. A l’hôtel de son mari elle préférait celui de la rue de Verdun construit par son père. Après la mort du Comte de Morveaux elle revint assez souvent à Gesvres, participa à quelques baptêmes et mariages, et fonda en 1725, au profit des pauvres de la paroisse une rente annuelle de 80 livres.
Marthe-Isabelle de Renouard fut, avec son père, la seule propriétaire de Gesvres à montrer quelque intérêt à Treillières et aux Treilliérains. Après elle l’absentéisme seigneurial empira et l’incompréhension entre seigneur et villageois grandit.
Le marquis DE ROSMADEC et le Comte DE TALHOUET
A la mort de la Comtesse de Morveaux la seigneurie de Treilliéres échut à l’un de ses neveux : le Marquis de Rosmadec. Issu d’une famille riche et puissante, possédant de nombreux domaines (dont la terre de Goulaine) et plusieurs hôtels à Nantes, il ne vint que très rarement à Treillières et confia ses intérêts locaux à des régisseurs. Ce sont ces derniers qui, sur ordre de leur maitre, firent défricher plusieurs hectares de landes et en vendirent d’autres à des bourgeois de Nantes, provoquant ainsi des affrontements violents entre paysans et hommes du seigneur.
En s’attaquant aux landes, considérées comme biens communs et pâturages indispensables à la survie du bétail des pauvres villageois, c’est l’existence même de ces villageois que l’on mettait en cause. Non seulement le seigneur absentéiste ne s’occupait pas d’eux, mais en plus il les menaçait de disparition. Quoi d’étonnant alors à ce que certains paysans contestent le bien fondé d’une seigneurie qui ne joue plus son rôle, renâclent à obéir, et exigent que le seigneur leur montre ses titres. Cette remise en cause de l’ordre établi, le Marquis de Rosmadec ne peut la tolérer ; pour enrayer la contestation il choisit de faire des exemples et traîne les paysans devant la justice (la sienne) les ruinant à coup sûr.
Le logis de Gesvres vers 1925
Le logis de Gesvres vers 1925
Ces incidents montrent bien que le système seigneurial, basé sur des liens d’homme à homme, a vécu. La seigneurie n’est plus qu’une source de revenus parmi d’autres : domaines, rentes, obligations... Pour le Marquis de Rosmadec comme pour son successeur, Messire de Talhouët Comte de Bonamour, Treillières n’est pas une communauté villageoise mais une terre qui doit rapporter : les défrichements continueront jusqu’à la Révolution avec leurs lots d’incidents ; de Talhouët augmentera les fermages de ses terres tout en surveillant les rentrées des rentes féodales. Nous devrions dire «en faisant surveiller» car, comme son prédécesseur, il ne vient pratiquement jamais à Treillières.

APRES LES SEIGNEURS, LA BOURGEOISIE TRIOMPHANTE
En 1789, le château de Gesvres, quasiment inhabité depuis la Comtesse de Morveaux, tombe à l’abandon. Dans la nuit du 4 août 1789 l’Assemblée Nationale vote l’abolition des privilèges et de la féodalité. C’en est fini de la seigneurie de Treillières. En 1792 le dernier seigneur de Gesvres, qui n’apprécie pas le nouveau régime, se décide à émigrer. Avant son départ, le 6 mai 1792, Céleste de Talhouët, ci-devant marquis de Bonamour, vend Gesvres et ses dépendances pour 580 000 livres en assignats.
François DROUET
L'acquéreur s'appelle François René Drouet. Il est né dans une famille de la riche bourgeoisie nantaise, le 23 novembre 1732, paroisse de Saint-Denis. De 1734 à 1783, les Drouet armèrent plus de 22 navires pour le commerce triangulaire. François René se maria, le 25 mai 1766 au Loroux-Bottereau, avec Marie-Julie, fille d'écuyer Jean-Baptiste d'Achon. L'année suivante il acheta l'onéreuse, mais anoblissante, charge de trésorier général des finances de Bretagne. Sa fortune s'étendait jusqu'à Saint-Domingue où il possédait des plantations.
C'est donc un sexagénaire extrêmement riche qui s'installe à Treillières. La révolte de Saint-Domingue et les évènements révolutionnaires métropolitains vont réduire sa fortune et assombrir sa retraite.
En 1793 le développement de la chouannerie dans la région amène la République à faire surveiller les grandes routes par des troupes souvent indisciplinées et pillardes qui sèment la terreur dans les campagnes. René Drouet s’en plaint aux autorités nantaises à l’automne 1794 :
«Expose François René Drouet domicilié de cette ville rue Bayle et propriétaire en la commune de Treillières que quatre fois déjà depuis un mois il a eu recours à l’autorité des généraux pour arrester les désordres que se permettent dans la commune de Treillières et autres adjacentes les troupes qui passent journellement sur la route de Rennes…
Quant à ce qui concerne l’exposant en particulier, sa maison proche de la poste de Gesvres et peu éloignée de la grande route est perpétuellement assaillie ; plus de vingt fois les troupes y ont commis des ravages, des vols des pillages et notamment le 20 du courant, sur le midi, six soldats y descendirent, la cour était fermée et sur le refus de l’ouvrir l’un d’eux tira sur la gardienne au travers du canal qui ferme la cour et la manqua heureusement, ne pouvant entrer par la cour ils franchirent les clôtures du jardin et trouvant les portes fermées ils brisèrent une croisée, entrèrent et emportèrent tout ce qu’ils purent des habillements et effets de la gardienne outre deux portefeuilles contenant 1 850 livres.
Et hier 24, sept soldats passèrent par le même endroit entrèrent dans le jardin brisèrent deux portes extérieures de la maison, deux portes intérieures, des armoires et autres meubles, firent fouillés du haut en bas menacèrent le jardinier et deux maçons de Nantes qui étaient à diner prirent leur pain ôtèrent les souliers à l’un d’eux et emportèrent de linge habillements et provisions tout ce qu’ils en purent prendre….
Nantes 25 vendémiaire an 3 de la République Drouet». (16 octobre 1794)
En réponse l’administration invita le général Canuel, qui commandait les troupes cantonnées autour de Nantes, à faire respecter les propriétés en provoquant «une des plus essentielles vertus qui caractérisent le républicanisme».
François Drouet meurt le 20 avril 1798 à Nantes, âgé de 65 ans. La propriété échoit à sa sœur cadette, Renée-Julienne Drouet, qui s'occupe aussitôt de s'en défaire. Des amis lui proposent un acquéreur : François Hervé, un avocat nantais.
Le contrat d'acquisition est signé le 15 décembre 1798. Il s'agit en fait d'un bail à rente de 10 000 francs, payable en numéraire et franchissable pour 200 000 francs. Mademoiselle Drouet se réserve l'usufruit de la propriété.
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Gesvres côté jardin vers 1925

François HERVE
François Hervé vint habiter Gesvres en janvier 1799. Il commença par renvoyer le régisseur, Alexandre Renaud, puis entreprit les réparations importantes dont avait bien besoin la propriété. L'usufruitière les paya. Il semble que la naïveté de Mlle Drouet était grande. Hervé la convainquit de réviser le contrat de vente ... à la baisse. Le 30 septembre 1799, la rente annuelle fut ramenée de 10 000 à 9000 francs, franchissable pour 180 000 francs. C'était un prix bien modeste pour un domaine tel que Gesvres acheté 580 000 livres six ans plus tôt. A la mort de Mlle Drouet, le 10 septembre 1800, ses héritiers attaquèrent Hervé pour abus de confiance. Sans succès.
Sur le cadastre de 1839 les ponts dont il est question sont portés. Nous les avons signalés par des * et nous avons mentionné l’emplacement de la digue de 1653Sur le cadastre de 1839 les ponts dont il est question sont portés. Nous les avons signalés par des * et nous avons mentionné l’emplacement de la digue de 1653
Ce même Hervé ne tarda pas à se mettre la population de Treillières à dos en supprimant le pont de bois qui permettait aux habitants des environs d’aller au bourg de Treillières en utilisant l’ancien « grand chemin » de Nantes à Rennes qui passait devant le château de Gesvres comme le racontera plus tard (en 1840) le maire du moment Alexandre Vincent : «Au lieu du château de Gesvres il existait un beau pont en bois où les habitants franchissaient la rivière sans danger… De 1795 à 1800, l’homme d’affaire qui régissait ces biens au nom de la propriétaire appelée Mademoiselle Drouet, en devint à sa mort propriétaire par une vente illicite lui ayant soustrait sa signature. Se voyant propriétaire d’un si beau bien, leva la tête et déclara la guerre aux habitants en s’opposant au passage des charrettes, enleva le pont chartier et il ne passa plus de charrettes. Les habitants de Treillières toujours assez paisibles et battus qu’ils avaient été par la révolution de 1793 n’osèrent rien entreprendre contre ce riche puissant, mais le peuple qui se trouvait vexé de l’interdiction de ce passage proféra des murmures contre ce propriétaire qui était un certain Hervé, grand avocat. Ce dernier reconnaissant bien qu’il aurait eu de la peine à interdire un passage qui avait été autrefois grande route, pour satisfaire aux habitants se décida à reculer le passage et le descendant d’environ 50 m il fit construire un pont de bois avec des piliers en pierre pour passer les hommes de pied seulement et recula la voie de pied, sur terre, par derrière son jardin…
Mathias HAENTJENS
En 1803 François Hervé vend le domaine de Gesvres à Mathias Haentjens. Né à Cologne (Allemagne) de parents hollandais, cet armateur et négociant nantais a fait fortune dans le commerce transatlantique transportant d’un continent à l’autre sucre, tabac, coton… et à l’occasion, quelques esclaves africains destinés aux plantations du continent américain. Le domaine de Gesvres et sa dizaine de métairies ne sont qu’une partie de son patrimoine foncier mais c’est pour lui un placement sûr et un agréable lieu de détente à la belle saison quand la ville étouffe. Le château de Gesvres devient alors une scène du théâtre social, un espace de représentation où le passé féodal du lieu confère à son propriétaire recevant amis et associés une patine aristocratique qui fait oublier une fortune trop roturière. C’est aussi une petite thébaïde pour le vieux négociant tracassé par des questions existentielles au terme de sa vie.
En 1837, sentant sa fin prochaine (il meurt en 1839 à l’âge de 83 ans) il partage ses biens entre ses enfants. Les deux garçons reçoivent la société d’armement maritime qu’il dirige et de grands domaines agricoles ; les deux filles se partagent la terre de Gesvres (492 h. soit le ¼ de la commune). Marie-Elisabeth, épouse de Joseph Guillet de La Brosse négociant à Nantes, reçoit le château de Gesvres et 228 hectares situés au sud du Gesvres. Elise, épouse de Pierre Maës, aussi négociant nantais, reçoit 264 h. au nord du Gesvres, et construit en 1837 un château près de la métairie de La Rivière appelé château du Haut-Gesvres. Les deux domaines sont séparés par le ruisseau de Gesvres, mais reliés par un pont… pour l’instant !
Près du logis les dépendances à usage agricole forment la cour de Gesvres
Près du logis les dépendances à usage agricole forment la cour de Gesvres
Joseph GUILLET DE LA BROSSE
Joseph Guillet de La Brosse est armateur négociant au port de Nantes, ville où il réside quai de l’Ile Gloriette, quand il devient propriétaire de Gesvres par son mariage avec Marie-Elisabeth Haentjens. Ce père de quatre enfants est un homme autoritaire et âpre au gain. Il va très vite faire l’unanimité contre lui à Treillières.
En 1839, lors de l’établissement du cadastre, il abuse de la crédulité du géomètre-arpenteur pour annexer à ses terres la chapelle de Notre-Dame des Dons, petit sanctuaire en mauvais état mais haut lieu de la piété populaire. Devant les protestations des paroissiens et celles du curé qui lui propose un arrangement avantageux pour récupérer la chapelle il se raidit et fait enlever la charpente de la toiture ainsi que les portes de l’édifice, ainsi condamné à la ruine, pour en réutiliser les éléments dans ses métairies au grand scandale de la population attachée à son humble chapelle. Jusqu’à sa mort, à l’âge de 95 ans, et malgré les démarches et procès engagés par les curés successifs de Treillières il refusera de restituer la chapelle des Dons.
Il fera preuve du même entêtement pour interdire aux villageois d’utiliser les chemins (pourtant publics) traversant ses domaines allant jusqu’à faire démonter le pont (avril 1840) qui enjambait le Gesvres près de son château et qui permettait aux habitants de Garambeau et villages voisins d’aller au bourg. Il n’engagea pas moins de 5 procès contre la municipalité de Treillières lancée dans un vaste programme d’aménagement de routes et chemins communaux. Exaspéré le maire, Alexandre Vincent, écrivit au préfet en 1841 : « Il faut lui faire comprendre aussi que les anciens droits féodaux étaient abolis ».
Tout le temps qu’il fut propriétaire de Gesvres (1837–1875) Joseph Guillet de La Brosse ne participa jamais à la vie locale autrement que par des procès ou des vexations. Jamais, à la différence d’autres châtelains, il ne s’associa à la vie municipale ou paroissiale pas même en prélevant quelques sommes sur son immense fortune pour aider le Bureau de bienfaisance ou le clergé. Dur avec les villageois, il se montra intransigeant avec sa fille Eugénie à qui il légua son domaine de Gesvres.
Eugénie GUILLET DE LA BROSSE
Eugénie, née en 1829, est toujours célibataire lors du décès de son père survenu en 1875 et le restera toute sa vie.
Encore jeune, elle demanda à ses parents l’autorisation d’épouser un jeune homme de Garambeau dont elle était éperdument amoureuse : son cocher. Joseph Guillet de La Brosse s’opposa à cette mésalliance. Alors, de dépit, Eugénie abandonna toute vie mondaine ; on ne la vit plus dans les salons nantais. Elle cessa également toute pratique religieuse au grand scandale de sa famille.
Après le décès de son père, château de Gesvresresponsable de son malheur mais figure tutélaire regrettée, elle résolut de vivre seule dans son château de Gesvres avec quelques domestiques : elle arrêta le temps et se coupa du monde. Rien ne fut changé dans la disposition intérieure des appartements : meubles, tableaux, livres, bijoux… restèrent à leur place comme pétrifiés par une lave invisible. Le courrier apporté par le facteur était classé et empilé dans l’ordre d’arrivée mais jamais décacheté. Sa seule confidente était sa servante Marie, jusqu’en 1905, puis Victorine.
Cette châtelaine fantôme ne manqua pas d’enflammer les imaginations. Certains villageois assuraient que les soirs de lune on la voyait se promener vêtue de longs voiles blancs le long des canaux, des douves et dans les bois.
Elle mourut à l’âge de 89 ans, le 23 décembre 1918, léguant ses biens à son neveu : Eugène Guillet de La Brosse. Ayant peu vécue elle laissa peu de souvenirs et s’employa à détruire ceux légués par l’histoire. Avant de mourir elle fit détruire les archives de Gesvres, riches de tout le passé seigneurial du domaine.
 
LE CHATEAU DE GESVRES DEVIENT MAISON DE REPOS (1923)
Eugène Guillet de la BrosseEugène Guillet de la Brosse, né en 1857, est le petit-fils de Joseph Guillet de La Brosse. Ancien élève de Polytechnique et de l'Ecole des Mines, il fonde 1909 avec Henri Fouché les « Ateliers et Chantiers de Bretagne » dont il restera président jusqu'en 1937. Eugène Guillet de la Brosse dirige aussi une société d’armements qui compte 41 navires en 1913. Il s'est également intéressé comme Administrateur ou président de Conseil à différentes Sociétés de navigation, de pêcheries, de banques, de verreries, d'assurances et d'affaires coloniales. Membre du Tribunal de Commerce de Nantes, puis pendant vingt ans membre de la Chambre de Commerce, Administrateur à la Banque de France de Nantes, Guillet de la Brosse est à la tête d’une grosse fortune estimée à 10 millions de francs en 1910 et d’une grande famille (10 enfants) qu’il entretient au château des Dervallières à Nantes à l’aide d’une domesticité de 27 personnes. Disciple de La Tour du Pin et d’Albert de Mun, il est un adepte du catholicisme social et l’organisateur, dès 1914, des premières commissions mixtes nantaises instituant les contrats collectifs. Il participe, avec un autre grand industriel nantais, Louis Amieux, à la création des caisses d’allocations familiales. Une classe à GesvresLorsqu’il hérite du domaine de Gesvres, il en vend 203 hectares mais garde le château et 31 hectares qu’il met à la disposition d’une société dont il est fondateur  (la Société Civile d’Œuvres et de Prévoyance Sociale) affiliée à la CRIFO.
La CRIFO installe dans le château de Gesvres une maison de repos qui est aussi une école. Chaque année y sont accueillis deux groupes de 40 enfants chacun, l’un pour les garçons, l’autre pour les filles. Le 4 juin 1923, Paul Strauss ministre de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance sociales dans le deuxième cabinet Poincaré vient l’inaugurer. A cette occasion Mr Painvin, Président de la Caisse des Allocations Familiales de Nantes, prononce un discours où il précise la fonction de la « maison de Gesvres » :
« Les enfants âgés de 6 à 13 ans ne sont ni des malades, ni des contagieux ; ce ne sont pas non plus de ces enfants solides… Ce sont des enfants délicats dont la constitution affaiblie pourrait devenir un terrain favorable au développement des maladies qu’il importe… d’éloigner momentanément du milieu où ils vivent et qui, en somme, ont plutôt besoin d’hygiène que de soins médicaux. Ils trouveront ici, en plein air et au bon air, des exercices variés et bien réglés, des promenades, des jeux. On les intéressera aussi à des travaux utiles…Titre de l’article paru dans « Le Phare de la Loire » du 5 juin 1923 On s’occupera également de continuer et de perfectionner leur instruction intellectuelle et morale, en sorte qu’ils emporteront de leur séjour ici, un esprit vivifié par des impressions nouvelles et salubres dans un corps plus robuste et plus sain… ».
La « maison de Gesvres », financée par la CRIFO est gérée par l’Office Central des Œuvres d’Hygiène Sociale créé en 1917 par Louis Amieux et dont il est alors vice-président. Le président en est Alexandre Vincent, bâtonnier du barreau de Nantes, adjoint au maire (il sera nommé Préfet de Loire-Inférieure, à la Libération en 1944, par Michel Debré). Le descendant d’Alexandre Vincent, maire de Treillières de 1791 à 1820, revenait ce 4 juin 1923 sur la commune de son ancêtre pour l’inauguration de la « maison de repos de Gesvres ». Voici le récit qu’en fait le journaliste du « Phare de la Loire » dans son édition du lendemain :

« Enfin, on prend les automobiles qui nous ont transportés jusque là et l’on se rend à Treillières, à la maison de Gesvres, louée pour un prix de principe par Mr Eugène de La Brosse, et que l’Office central des œuvres d’hygiène sociale de la Loire Inférieure a appropriée pour recevoir des enfants à la santé délicate auxquels l’air de la campagne est indispensable.
Le maire et son conseil accueillent les personnalités
A l’entrée de la propriété, Mr Strauss est respectueusement salué par Mr Lumineau, maire de Treillières, entouré des membres du Conseil municipal. Le Ministre répond en disant son plaisir d’être salué par une municipalité rurale et de voir étroitement confondus, dans une pensée commune, ruraux et citadins.
On pénètre alors dans la propriété. Les enfants qu’abritent le corps de bâtiment principal, sont groupés sur les marches du perron, dans leurs sarreaux uniformes. La directrice, Mme Raimbard, qui fut, paraît-il, un des secrétaires de Mr Clemenceau, et qui est, en tout cas, un littérateur intéressant, vient saluer Mr Strauss. Et l’on pénètre dans le parc, où un buffet a été dressé par les soins de Mr Bernard, le traiteur de la rue du Boccage.image
 
Mr Painvin, président de la Caisse des Allocations familiales de Nantes, remercie le Ministre d’être venu jusqu’à Gesvres, en faisant remarquer que le but poursuivi par l’institution de la « Maison de Gesvres » ne saurait manquer de l’intéresser. Mr Painvin rend hommage à la générosité de Mr Eugène de La Brosse, car c’est grâce à cette générosité que cette institution a pu voir le jour. Puis il expose le but de celle-ci… La Caisse des Allocations familiales en a confié la gestion à l’Office central des œuvres d’hygiène sociale, parce qu’elle a estimé que cet Office était plus qualifié qu’elle pour diriger une telle œuvre. D’ailleurs les dirigeants de la Caisse connaissent les dirigeants de l’Office et Mr Painvin dit tout le bien qu’il pense de MM. Vincent, Louis Amieux et Morgan qui sont les principaux artisans du développement pris par l’Office. Mr Painvin termine en exprimant sa conviction que ses collègues et lui auront fait œuvre de prévoyance et de solidarité sociale.
Le Ministre remercie ceux qui ont tenu à l’associer à cette cérémonie inaugurale. Il fait l’éloge de la haute pensée de prévoyance et de solidarité qui a présidé à la fondation des Caisses d’allocation familiales et loue les patrons qui, conscients de leurs devoirs, s’intéressent à l’avenir et à la prospérité des familles de leurs ouvriers ou employés. Le ministre s’indigne des appels à la haine et à la lutte de classes que l’on prodigue en certains milieux. Car c’est au contraire à l’union des classes et au rapprochement du Capital et du Travail qu’il faut tendre. En combattant la mortalité infantile, les grands patrons montrent le souci qu’ils ont de l’intérêt personnel des ouvriers qu’ils emploient et de la santé des êtres qui leur sont chers. Puissent-ils multiplier les initiatives de la nature de celles qu’ils ont prises, dans l’intérêt de la paix sociale.
Ecoutés avec une vive attention, MM. Painvin et Strauss sont, l’un et l’autre, très applaudis.
On quitte alors la propriété de Mr Eugène de La Brosse, auquel le Ministre ne marchande pas ses compliments.
Et tandis qu’une partie du cortège regagne Nantes en automobile, le Ministre et sa suite prennent place, à La Chapelle-sur-Erdre, à bord de la vedette des Ponts et Chaussées, et rentrent à Nantes par voie d’eau. Aussitôt débarqués, ils se rendent à la mairie. »
Le temps d’un goûter sous les frondaisons servi par des garçons fragiles en sarreau on aura échangé des propos dans l’air du temps et inauguré une institution aussi fragile que les enfants qu’elle abrite mais précurseur d’un modèle social encore en gestation. En ces lendemains de Première guerre mondiale, alors que la Révolution russe encourage les uns et effraie les autres, alors que la classe ouvrière se fait plus revendicatrice, des patrons partagés entre paternalisme et engagement chrétien tentent de désamorcer la contestation sociale en essayant d’entraîner l’ensemble du patronat dans l’indispensable réforme sociale ; sans succès.
Malgré tout, Louis Amieux, Eugène de La Brosse et quelques autres auront contribué à la mise en place de structures de protection sociale (caisses d’allocations, crèches, dispensaires, habitat bon marché…) dont la « maison de Gesvres » fut la plus spectaculaire réalisation à l’époque.
Près de 90 ans après elle existe toujours. Depuis 1955 elle est devenue institut médico-pédagogique confié (depuis 1977) à l’association “Moissons Nouvelles”.



Gesvres à la fin des années 1960
Gesvres à la fin des années 1960
Si le vieux château a perdu de sa superbe d’antan, le Gesvres l’accompagne toujours de sa chanson mélancolique dans sa traversée des siècles.
«…. C’est un petit val qui mousse de rayons… ». A. Rimbaud
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Gesvres en 2012
Jean Bourgeon

9 mars 2011

LE DOMAINE DU HAUT-GESVRES

 
Le partage
En 1803 Mathias Haentjens acquiert le château et les terres de Gesvres (492 hectares) à Treillières. Né à Cologne (Allemagne) de parents hollandais, cet armateur et négociant nantais a fait fortune dans le commerce transatlantique transportant d’un continent à l’autre sucre, tabac, coton… et à l’occasion, quelques esclaves africains destinés aux plantations du continent américain. Le domaine de Gesvres et sa dizaine de métairies ne sont qu’une partie de son patrimoine foncier mais c’est pour lui un placement sûr et un agréable lieu de détente à la belle saison quand la ville étouffe. Le château de Gesvres (bas) devient alors une scène du théâtre social, un espace de représentation où le passé féodal du lieu confère à son propriétaire recevant amis et associés une patine aristocratique qui fait oublier une fortune trop roturière. C’est aussi une petite thébaïde pour le vieux négociant tracassé par des questions existentielles au terme de sa vie.
Le site de Gesvres
En 1837, sentant sa fin prochaine (il meurt en 1839 à l’âge de 83 ans) il partage son domaine de Gesvres entre ses deux filles : Marie-Elisabeth, épouse de Joseph Guillet de La Brosse reçoit le château de Gesvres (bas) et 228 hectares ; Elise reçoit 264 h. situés sur la rive gauche du Gesvres mais dépourvus de manoir. C’est elle et son mari qui vont construire en 1837, au lieu dit La Rivière, le château que l’on a coutume d’appeler le Haut-Gesvres.
Le site de Gesvres
Sur une photo aérienne du début des années 1970 nous avons indiqué :
1 : le château du Ht-Gesvres
2 : Le château du Bas-Gesvres
3 : le potager en terrasse
4 : le jardin clos de la cascade
Un coin de Louisiane à Treillières
Elise Haentjens a épousé en 1817 Pierre Joseph Maës, négociant nantais lui aussi qui se pique de politique. En 1830 il a été, à Nantes, l’un des leaders de la « Révolution de juillet » qui chasse Charles X du trône. Colonel de la Garde Nationale il s’est fait élire député de Loire-Inférieure ; il démissionne de son mandat en 1835, se représente en 1837, échoue et (y-a-t-il un lien ?) entreprend d’aménager sur le domaine de Gesvres que vient de lui apporter son épouse une paisible gentilhommière justifiant ainsi le propos du héros romantique de l’époque (le « René » de F.R. de Châteaubriand) : « Les Européens, incessamment agités, sont obligés de se bâtir des solitudes ».
Sur le coteau dominant la vallée du Gesvres, à l’écart de tout hameau, il construit un petit manoir (le château actuel moins les deux ailes) qu’on prendrait presque pour une maison bourgeoise si la façade sud-est, d’un austère classicisme à peine déridé par quelques courbes baroques dans la partie supérieure, ne lui conférait ce qu’il faut de morgue aristocratique pour accéder au rang de château et transfigurer l’armateur qui a ici jeté l’ancre en gentilhomme campagnard.
Autour de sa demeure, là où il n’y a que des champs cultivés il aménage un espace de 7,5 hectares ; deux massifs boisés encadrent une prairie ouverte sur une vaste perspective. L’époque est au romantisme ; le parc du château doit plaire au regard, toucher l’âme, composer un décor propice au rêve et à la communion de l’âme avec les forces telluriques. Dans le bois il aménage un étang que prolonge un ravin ; il ne manque qu’une grotte (mais une fontaine recouverte de vieilles pierres moussues en tient lieu) et quelques rochers pour aménager un espace où les héros de Châteaubriand (Atala, René, Chactas…) se retrouveraient dans leurs forêts du Nouveau Monde, car déjà les liquidambars, les tulipiers de Virginie et autres arbres de Louisiane sont là, plantés par Pierre Joseph Maës en souvenir de sa jeunesse américaine.
Etat de LouisianeP.J. Maës est né en Louisiane le 31 décembre 1787 « dans la paroisse de Saint-François du Poste de Natchitoches, province de Louisiane »  (Etat Civil). Par « paroisse » il faut entendre ici le « comté » américain d’aujourd’hui, mais la Louisiane est alors encore française. C’est en 1714 que Louis Juchereau de Saint-Denis a fondé le fort de Natchitoches (du nom des populations indiennes locales) au bord de la Rivière Rouge, à l’Ouest du fleuve Mississippi et à 350 km au N-O de La Nouvelle-Orléans. Quand naît P.J. Maës le fort Saint-Jean-Baptiste (ou poste de Natchitoche) ne compte que 756 habitants (Européens colonisant les terres indiennes à l’aide d’esclaves africains). Ses parents exploitent une plantation consacrée au tabac et au coton. Son père, d’origine hollandaise a épousé Marie-Anne Dartigaux (descendante d’émigrés français venus de Bayonne) qui est décédée le 26 février 1797, à l’âge de 34 ans. Sa tombe est la plus ancienne de l’actuel « Cimetière américain » de Natchitoche ville qui compte aujourd’hui 20 000 h.
Le Cimetière américain et ses vieilles tombes dont celle de la mère de P. Maës
 
Le Cimetière américain et ses vieilles tombes dont celle de la mère de P. Maës
 
 
La petie Louisiane du Haut-GesvresEn 1731, le poste de Natchitoches a été attaqué par les Indiens Natchez, installés plus à l’Est au bord du Mississippi, lors de la guerre les opposant aux colons français et qui leur sera fatale. Le souvenir de la tragédie des Natchez massacrés ou déportés par les Français est encore assez fort pour émouvoir, 60 ans plus tard, le jeune François-René de Châteaubriand parcourant, en 1791, le continent américain : « A l’ombre des forêts américaines, je veux chanter des airs de la solitude tels que n’en ont point encore entendu des oreilles mortelles ; je veux raconter vos malheurs, ô Natchez, ô nation de la Louisiane, dont il ne reste plus que des souvenirs ». Bien que n’étant jamais venu en Louisiane (il ne descend pas plus bas que le Tennessee) il y situe l’action de ses 3 romans (Les Natchez, Atala, René) faisant entrer par la porte mélancolique du drame « le désert de Louisiane » (lisez « forêt ») dans le Romantisme.
On peut penser que Pierre-Joseph Maës, dont la jeunesse se déroula à proximité du territoire Natchez fut sensible à l’œuvre de Châteaubriand. Peut-être éprouva-t-il lui aussi comme les héros romantiques « le mal du siècle » qui voue à la mélancolie les âmes bien nées de ces années-là car « Tout ce qui était n’est plus » (A. de Musset, 1836) ? Est-ce pour le conjurer qu’il essaya de recréer près de son château des bords du Gesvres, qui n’a rien du Mississipi, la petite Louisiane de son enfance en y plantant des arbres apportés de là-bas qu’il mêla à des essences locales laissant à d’autres, à nous, beaucoup plus tard le plaisir de voir la lumière de la lune flottant « sur la cime indéterminée des forêts »  (Atala).
Dans les années 1840, l’armement Maës est l’un des plus importants du port de Nantes commerçant vers le continent américain mais encore plus vers l’Océan indien.
Au temps des baleines
Pierre-Joseph Maës meurt à l’âge de 86 ans en 1873. En 1861,  il a vendu son domaine du Haut-Gesvres à Edmond Doré-Graslin, homme d’affaires nantais et arrière-petit-fils de Jean Graslin promoteur du quartier et du théâtre qui portent son nom à Nantes. Bien que demeurant habituellement rue Crébillon il fait agrandir le château du Haut-Gesvres par l’adjonction de deux ailes en 1867 pour en faire un confortable lieu de repos et de réception. Député de la Loire-Inférieure de 1870 à 1876, il prend peu de goût à cette fonction et ne se représente pas préférant devenir maire de Treillières (1878–1887). Même s’il est rarement présent sur la commune les Treilliérains apprécient ce riche châtelain qui n’hésite pas à puiser dans sa fortune pour pallier aux défaillances du trésor municipal ou équilibrer le budget paroissial.
Château du Haut-Gesvres (carte postale)
Après la mort d’E. Doré-Graslin, survenue en 1899, le château est vendu à Jeanne Réalier-Dumas mariée à Paul Bergue. Celui-ci est le représentant à Nantes d’une importante compagnie maritime havraise spécialisée dans le commerce colonial (café, bois, nickel…) ; il est aussi vice-consul d’Allemagne. On leur doit encore aujourd’hui l’inattendue « rue des baleines ».
Dans les années 1830 Nantes était le deuxième port baleinier français avec à sa tête l’armement Dobrée. L’activité baleinière déclina rapidement jusqu’à disparaître vers 1850. Paul Bergue récupéra des équipements de navires baleiniers mais, tandis que Thomas Dobrée les entreposait dans ce qui deviendra un musée, P. Bergue disposa les cuves à faire fondre la graisse de cachalot aux alentours du Haut-Gesvres. La population locale ne tarda pas à baptiser le chemin conduisant au château « chemin des baleines », appellation qui a traversé le siècle laissant croire que le Gesvres tout proche a de surprenantes ressources halieutiques ; surtout le 1er avril.
Jeanne Réalier-Dumas née en 1873 à Chatou, où elle possédait une résidence, était la sœur de Maurice Réalier-Dumas, peintre et animateur avec sa compagne Alphonsine de la guinguette « La maison Fournaise » à Chatou, où se réunissaient artistes et écrivains de l’époque (Monet, Sisley, Renoir, Degas, Pissaro, Maupassant, Apollinaire…). Elle-même avait la passion de la peinture et des… chiens comme on le voit sur cette photo prise devant le château du Haut-Gesvres : elle pose en chapeau entourée de ses animaux favoris et de ses domestiques (2 frères originaire de Treillières, une treilliéraine et 4 sœurs originaires de Douarnenez où elle aimait passer ses vacances). Divorcée de son mari en 1921 elle vendit le Haut-Gesvres en 1922 et se retira à Nantes, rue Racine où elle mourut en 1954.
Mme Bergue en chapeau et sa domesticité (carte postale)
Madame Bergue (en chapeau) et sa domesticité
Jusque-là le Haut-Gesvres n’a été qu’une résidence de campagne entre les mains de riches bourgeois nantais satisfaits d’y trouver le repos et d’exprimer leur réussite sociale par un de ces châteaux serti dans son parc d’agrément comme il en existe beaucoup dans la région nantaise, apparat indispensable pour toute fortune qui se respecte. A partir de 1922 il va en être autrement.
Gesvres côté jardin
Le nouvel acquéreur, Etienne Sebert, né en 1886 à Saint-Brieuc, est un ingénieur agronome fortuné. En 1921 il parcourt avec sa future épouse la campagne nantaise à la recherche d’un domaine où il pourrait se livrer à sa passion de l’agronomie. Après avoir loupé de peu la Gandonnière, à La Chapelle-sur-Erdre, il acquiert en 1922, année de son mariage, les 52 hectares du domaine du Haut-Gesvres. A la différence des précédents occupants, le couple et ses deux enfants vivront à l’année à Treillières. E. Sebert va faire du parc du château (7,5 h.) une sorte de « jardin des plantes ». Il crée autour de la vieille demeure des parterres et massifs aux fleurs et arbustes soigneusement sélectionnés pour leurs couleurs leurs parfums et destinés au plaisir des sens. Au bout de la prairie qui court devant le logis, là où la pente vers le Gesvres est soudain plus déclive Pierre Maës avait aménagé un potager sur 3 terrasses. Dans la première E. Sebert cultive des fraises des bois ; le mur qui la soutient porte du chasselas ; la 2e terrasse est plantée d’artichauts et la 3e est consacrée à divers légumes. Dans le jardin clos de murs situé près du Gesvres et appelé « jardin de la cascade » il a planté de part et d’autre d’une allée centrale, d’un côté divers types de framboisiers et de l’autre des groseilliers et des cassis.
E. Sebert se charge des semis, de l’arrosage et du suivi des cultures laissant les gros travaux à son employé, Jean Frangeul. C’est également ce dernier qui, à bord d’une vieille Citroën aménagée en camionnette, va au marché Talensac de Nantes vendre les produits du jardin. Ce revenu, ajouté à celui des 3 exploitations agricoles du domaine, permet au châtelain-jardinier de vivre sans souci du lendemain sa passion de l’agronomie et celle du piano.
Le Haut-Gesvres au temps d'E. Sebert
Le Haut-Gesvres au temps d'E. Sebert
Sollicité par les Treilliérains, après plusieurs refus, E. Sebert accepte en 1934 la charge de maire de la commune qu’il gardera jusqu’à sa mort survenue en 1960. Pendant ce long mandat il ouvre son parc aux habitants de Treillières qui prennent l’habitude d’y venir pour toutes les manifestations festives : kermesses, réunions d’Action catholique… Dans son salon le maire-jardinier donne des cours d’agronomie à une dizaine d’agriculteurs du pays soucieux de perfectionner leurs méthodes de travail. Pendant la guerre de 1939-45 le château du Haut-Gesvres accueille les réfugiés de 1940 puis les Nantais chassés de chez eux par les bombardements de 1943 et enfin les Américains libérateurs d’août 1944 ; peut-être y avait-il parmi les hommes du colonel Clark quelques cajuns de Louisiane ?
Pendant près de 40 ans, entre les mains sûres d’un agronome averti, le parc du Haut-Gesvres est devenu un petit royaume végétal pour le plaisir des yeux et des sens ; mais un paradis fragile.
Le parc du Haut-GesvresEn 1956 E. Sebert dont la fille est entrée en religion lègue sa propriété aux religieuses de Notre-Dame de Charité plus connues à Nantes sous le nom de « Dames blanches ». Après la mort du généreux légataire en 1960 elles transforment le château et ses dépendances pour y accueillir des jeunes filles en difficulté puis, plus tard, en maison de retraite pour les religieuses de la congrégation. En 1977 un litige s’étant élevé au sujet du legs fait par E. Sebert entre la fille de celui-ci et les religieuses, ces dernières quittent le château. Abandonnés pendant 12 ans les bâtiments sont vandalisés et le parc laissé à la friche. Ayant enfin récupéré son bien, la fille d’E. Sebert en fait don à la commune de Treillières en 1990.
21 ans et quelques dégâts plus tard la municipalité envisage aujourd’hui de réhabiliter le site. Va-t-elle maintenir le parc du Haut-Gesvres dans les 3 fonctions qui furent les siennes depuis 1837 : un espace de détente (pour les bourgeois nantais d’autrefois et les Treilliérains du temps des kermesses) ; un espace végétal (de Maës nostalgique des arbres de sa Louisiane aux petits fruits rouges de Sebert le châtelain-jardinier) ; un espace de représentation (pour les négociants fortunés désireux de paraître et pourquoi pas demain pour une commune qui gagnerait à être plus et mieux connue) ?
Jean Bourgeon, février 2011

29 janvier 2011

André Lequet s'inquiète du «nettoyage» des sous-bois

Journal Ouest-France du 28/01/2011
Editions : Nantes & Nantes-Nord-Loire - Rubrique : Treillières

André Lequet est un entomologiste amateur (spécialiste des insectes) de renom. Le site Internet (1) de ce Treilliérain passionné, consulté des dizaines de milliers de fois, fait aujourd'hui référence bien au-delà des frontières de l'Hexagone. Plusieurs centaines de papillons (diurnes et nocturnes) différents inventoriés à partir de son jardin, des milliers de coléoptères observés ou photographiés : André est intarissable sur la richesse de ce microcosme mal connu du public.
Quand naguère, entre Le Mans et Tours, un scarabée - le célèbre « pique-prune » - entreprit de bloquer les travaux d'un tronçon de l'autoroute A28, c'est à André que la presse nationale en mal d'illustration fit appel ! « Sur Treillières, les grands chênes récemment tronçonnés à Ragon hébergeaient de « grands capricornes » (cerambyx cerdo), une espèce protégée au niveau national. Il y a quelques années, un marronnier abattu près de « la cascade » accueillait le rhamnusie bicolore, un coléoptère non observé en Loire-Atlantique depuis 50 ans ! » Défenseur de la cause des insectes...
À propos du Haut-Gesvres...
Le parc municipal du Haut-Gesvres est aujourd'hui le théâtre d'abattages, élagages, débardages... (Ouest-France des 23 et 27 janvier). « C'est bien, mais comme toujours il y a un « mais » ! », réagit André Lequet. « Le « mais » en question consiste au « faire propre » annoncé du sous-bois, lequel, comme dans le parc du château, conduira à éliminer tous les bois morts à terre (troncs et grosses branches notamment), refuge de prédilection d'une entomofaune variée. Cette dernière est bien sûr importante en tant que telle, mais aussi en tant que biomasse alimentaire pour les oiseaux, les mammifères insectivores et les batraciens. »
L'entomologiste s'inquiète également du devenir de « la gigantesque et quasi séculaire fourmilière (Formica rufa) établie en lisière même du bois et donc jouxtant la parcelle prochainement urbanisée. » Par-delà le problème de cette fourmilière, André fait des suggestions. « Dans l'ensemble du parc, il serait bon de laisser des bois morts in situ, en les regroupant sous la forme de quelques îlots qualifiés de relais. » Un site communal public n'a-t-il pas aussi vocation à donner l'exemple en matière de sauvegarde de la biodiversité ? À l'heure de l'Agenda 21, voici un vrai sujet de réflexion !
L. B.

Alfred et Oliver, deux débardeurs au poil en action !

Journal Ouest-France du 27/01/2011Editions : Nantes & Nantes-Nord-Loire

Alfred et Oliver, deux débardeurs au poil en action !
Ces deux chevaux-là possèdent une impressionnante puissance ! Depuis mardi et jusqu'à vendredi, derrière le collège public, ils sont à la tâche dans le secteur du parc municipal du Haut-Gesvres, théâtre d'une exploitation forestière.
Jean-Baptiste Ricard tronçonne les sapins âgés d'une quarantaine d'années, puis Alfred, le Percheron, et Oliver, le Comtois, conduits à la voix par Christine Sallé, tirent les troncs jusqu'aux abords de la rue Etienne-Sébert, où une scierie en prendra livraison plus tard.
Exploitation écolo
Christine Sallé a fait du débardage au cheval son activité professionnelle. Elle est établie à Yvré-l'Evêque dans la Sarthe et travaille fréquemment avec l'entreprise de travaux forestiers de Jean-Baptiste Ricard, également Sarthois. « Nous intervenons sur tout le territoire français. Nous sommes une centaine en France à pratiquer le débardage à traction animale avec des chevaux de trait », explique Jean-Baptiste, ancien président des débardeurs de France (1). « Le cheval se faufile mieux entre les arbres. Il abîme moins la forêt que les engins mécaniques, qui d'ailleurs ne peuvent pas accéder à certains endroits. » De toute évidence, un moyen plus écologique d'exploiter la forêt...
« Les baleines » à l'affût...
Alphonse Clouet se souvient avoir exploité ce bois dans les années 1944-1945. « D'excellente qualité, ce sapin était très recherché par les charpentiers et menuisiers. » Le sapin pectiné est l'arbre européen le plus haut. Dans les conditions idéales de croissance, il peut atteindre 60 mètres et vivre jusqu'à 500 ans. Son tronc droit en fait un bois d'oeuvre apprécié. C'est à cet effet d'ailleurs qu'était réservée cette parcelle de la propriété du Haut-Gesvres.
À la demande de la commune, Georges Legoux, expert forestier de la Compagnie bretonne de gestion forestière, en a dressé l'inventaire. Quelque 80 arbres seront ainsi abattus, soit 20 % de l'espace boisé. L'opération permettra d'offrir de meilleures conditions aux arbres laissés sur pied et d'assurer la régénération des essences présentes, dont des hêtres. Il conviendra ensuite de débarrasser les lieux des branches et troncs non commercialisables. En lisière de ce bois, le chantier du projet immobilier dit des « Baleines » (un peu plus de 90 logements) ne saurait tarder.
Loïc BONNET
(1) Pour en savoir plus sur le débardage : http://www.equi-debardage.com

30 juillet 2009

Quel avenir pour le château du Haut-Gesvres ?

Journal Ouest-France du 30/07/2009
Edition : Nantes Nord - Rubrique : Treillières
Inhabité depuis 1976, le château du Haut-Gesvres reste muré dans son silence et l'attente d'un projet de restauration.
L'an passé, des mesures ont été prises pour sécuriser et préserver le château du Haut-Gesvres. Inhabitée depuis 1976, cette demeure - construite au XIXe siècle par de riches familles nantaises - est devenue propriété de la commune en 1990, avec les sept hectares et demi de parc boisé. Au terme d'un imbroglio judiciaire rocambolesque.
Abandonnés, les bâtiments furent squattés et pillés sans vergogne. Et cela fera bientôt 20 ans en 2010 que les élus municipaux s'interrogent sur la destination de ce patrimoine. « Il faut que nous trouvions une solution au cours de ce mandat », s'inquiète Yves Le Coz, adjoint à la culture.
Des travaux en urgence
Dans l'immédiat, quelque 40 000 € auront été débloqués en 2008 pour engager des travaux urgents. Toutes les ouvertures furent condamnées, afin d'éviter les intrusions et mettre la bâtisse hors d'eau et d'air. Un diagnostic permit de déceler la présence d'un champignon destructeur (le mérule) dans les planchers et les murs. Un traitement adapté stoppa le processus. L'étanchéité du faîtage fut renforcée. La charpente ¯ assez bien conservée ¯ a également été traitée pour prévenir le pourrissement du bois... Enfin, une clôture protège dorénavant les promeneurs d'éventuelles chutes de pierres.
Un pôle d'animations privilégié ?
Entrevu pendant quelques mois, un projet privé de réhabilitation du bâtiment fut finalement abandonné. Retour à la case départ ! La question demeure toujours d'actualité : que faire de ce château ? Sa restauration se heurte aux capacités financières de la commune... Toutes les propositions sont néanmoins étudiées avec attention par les édiles locaux.
Maigre consolation, les ouvertures murées pourraient faire prochainement l'objet d'un projet artistique (peintures en trompe-l'oeil ?). Yves Le Coz souhaiterait aussi transférer certaines manifestations - comme par exemple la Fête nationale du 14 juillet - dans le parc. « Nous travaillons sur un projet pour 2010. » Pour l'heure, saluons l'initiative du parcours acrobatique en forêt Acrocime qui a le mérite depuis six ans de redonner un peu de vie à cet espace qui en a bien besoin.